Sans Indiscretion

Le presse-papier de ma vie

Visage retrouvé, Wajdi Mouawad (2002)


Il s'agit d'un roman que j'ai découvert dans mon parcours de littérature francophone. Il est question de réfléchir à l'exil, à la notion de mémoire. Je ne vais pas résumer mon cours et mes notes (z'avez qu'à vous inscrire en licence, na !), mais plutôt partager pour quelles raisons ce roman m'a tant plu et touchée.

  1. Une structure claire et linéaire : le récit débute dans l'enfance du héros, au Liban, puis son adolescence en rance et on le retrouve enfin adulte au Canada. Les lieux, les âges sont clairement définis et chronologiques. L'auteur ne cherche pas à nous perdre dans des méandres narratifs, qui seraient des pseudo échos des difficultés identitaires que rencontre le jeune héros, non. Bien au contraire, la clareté de la trame rend la compréhension facile, les images pénétrantes car faciles à reconstituer mentalement. Les conséquences sur la vie intérieure de Wahad paraissent inéluctables.

  2. Un style percutant, presque parlé, précis. Outre la facilité de lecture, la vulgarité de Wahab nous rend surtout palpable sa révolte intérieure, sa colère refoulée (car bien souvent, les gros mots sont émis en pensée, peu extériorisés). Ses nombreux questionnements révèlent un héros actif, loin de subir passivement la situation difficile qu'il vit, en recherche constante de réponses. J'aime ces personnages acteurs, j'ai plus de mal avec ceux que j'ai envie de secouer : ils m'éxaspèrent.

  3. La vie intérieure : Wahab se raconte des histoires. Depuis qu'il est petit, il enjolive son quotidien, se met en scène, imagine des possibles. Malheureusement, la réalité prosaïque est souvent décevante. Je me suis reconnue dans ce trait de caractère.

  4. Le conte onirique : l'épisode de la fugue, forcément nécessaire pour un adolescent, sous forme de quête d'identité, est un moment intensément poétique, sans style ampoulé, fait de choses simple. Une langue précise bien maniée suffit à faire naître images et émotions dans ce contexte. La rencontre de Maya la muette et du grand-père qui a peur des loups blancs est la partie la plus allégorique du roman, tout en métaphore. Absolument merveilleuse.

  5. Une happy end : oui, j'aime les fins heureuses, nettes et imparables. Ça me donne le sourire, et confiance en l'avenir.

Je dirais même, pour finir, que ce roman m'a bouleversée. Il a raisonné à tant de reprises chez moi : j'ai identifié des parallèles avec ma propre histoire, parfois surprenants d'exactitude, souvent plus allégoriques. Mais cet auteur me parle avec force et tombe toujours juste. Il met des mots, et surtout des images, sur des sentiments vagues, des impressions, des processus complexes. Le truc qu'on ne sait soi-même pas définir, Mouawad le peint avec des mots, souvent brutalement. C'est un véritable talent. Je me souviendrai de ce roman longtemps.