Socialiser mon chien aux humains


En tant que propriétaire de chien, à fortiori d'un grand chien puissant, de toutes les responsabilités qui m'incombent, l'une d'elle est particulièrement importante. Avoir un chien "stable", qui doit pouvoir faire face aux différents environnements habituels ou exceptionnels sans crainte, sans peur, sans agressivité envers qui que ce soit croisé dans la rue, dans les bois. Si cela n'est pas le cas, on risque d'être confronté tôt ou tard à de (graves) problèmes.

Les rencontres avec des humains, c'est un sujet qui m'a pas mal grattouillé, et finalement je suis très satisfaite de la manière dont j'ai géré les choses. Avec des chiens à tendance protectrice ou méfiante comme le Beauceron, il était primordial de ne pas commettre d'erreur dans la socialisation aux humains. Bien sûr, Oakley a été habitué tout petit à voir plein de gens à la maison, et à aller chez des amis. Mais la maison et le dehors, c'est différent pour un chien. Il fallait qu'il apprenne à croiser des gens inconnus dans la nature ou en ville, des personnes isolées ou des groupes complets, des gens avec des cannes ou des enfants avec des ballons, des gens à vélos. Je ne voulais pas de peur ou d'agressivité de sa part, et éviter aussi trop d'enthousiasme envers des inconnus (car un enthousiasme de 35kg, ça remue un peu ...) L'idéal pour moi, ce serait que le chien en liberté ignore tout simplement les inconnus qu'il croise. Je suis fière d'annoncer un pari réussi !

Pour y parvenir, il a fallu réfléchir : le critère le plus important, c'était bien sûr que le chien n'est aucune peur ou agressivité envers l'humain, donc il était tout à fait inenvisageable de coller une grosse obéissance et une interdiction d'aller voir des inconnus quand il était jeune. Ça peut paraître étrange à pas mal de monde, j'explique pourquoi : il ne fallait SURTOUT PAS prendre le risque de créer dans l'esprit du chiot un a-priori négatif lors du croisement d'inconnus en balade, du style :

"je croise quelqu'un = ma maîtresse est stressée et me sert la vis = croiser quelqu'un ça me stresse".

Car à partir de ce moment là, on ne sait pas trop comment le chien va décider de gérer cette situation : avoir peur de l'inconnu, le fuir, ou bien le considérer comme un danger et chercher protéger sa maîtresse ? Et là, ça peut partir en couille ... On construit petit à petit un chien réactif voire dangereux. Certaines races sont génétiquement prédisposées à rentrer dans ce genre de processus, il faut donc prendre particulièrement garde à créer de bonnes associations dans la tête de tels chiens. Ce lien mène vers une vidéo d'un chien réactif sur les humains que j'ai pu voir lors d'une conférence, ce jeune chien est devenu un danger public. Et lorsqu'on écoute le témoignage des maîtres de ce genre de chiens, on comprend que ce processus s'installe tout seul sans qu'on y prenne garde, puis que ça empire. Bien sûr, il y a des gens qui n'ont jamais pris la peine de réfléchir à la manière de socialiser le toutou, et le chien ne s'est pas transformé en arme de guerre. Fort heureusement ! Mais les faits sont qu'il y a malheureusement de plus en plus de gros problèmes de réactivité de certains chiens, que mon chien fait parti des races "éventuellement à risque", qu'il a un caractère un poil sensible. Alors, j'ai pris les devants plutôt que de risquer de subir.

J'ai donc fait le choix de laisser Oakley en parfaite liberté au moment de croiser des inconnus. Je savais que ce comportement est parfois mal vu par certaines personnes, et que j'allais me prendre des réflexions sur le fait de garder son chien en laisse etc ... Malgré tout, j'ai quand même fait ce choix avec Oakley. Je savais que son tout premier réflexe serait la curiosité et l'envie d'aller saluer les inconnus, sans qu'il ne saute sur les eux (il n'a jamais sauté). Je souligne ici que je n'aurais peut-être pas du tout agi de cette façon avec un autre chiot, qui aurait eu un caractère différent ou des réactions plus imprévisibles, et certainement bien différemment avec un chien adulte présentant des troubles. J'ai procédé de cette manière avec Oakley car je pense que c'est la manière qui lui correspondait le mieux. Je souligne aussi le fait que ce travail de socialisation s'étale sur des mois, et que je sors mon chien tous les jours...

J'ai usé d'un grand sourire pour apaiser les gens en face, d'un bonjour joyeux pour rester dans la bonne humeur et leur montrer ainsi qu'ils n'avaient aucune inquiétude à avoir quand à mon chien. Car je comprends qu'un grand chien noir qui trottine droit vers vous en liberté, ça puisse impressionner. Il faut garder en tête que le chiot se calque complètement sur les réactions de son maître. Surtout, je ne rappelais pas le chien à mes pieds (le premier réflexe de tout le monde j'ai l'impression), je ne cherchais pas à le rattacher, je continuais à marcher au même rythme, je faisais comme si il ne se passait rien du tout. La grande majorité du temps (surtout avec les hommes), Oakley a eu droit à une caresse, voire de franches papouilles (merci à tous ces gens !!). Parfois, la personne était effrayée, ignorait Oakley ou reculait. Le chien, voyant que la personne ne semblait pas intéressée, qu'il n'aurait pas de papouilles, continuait alors son chemin et ses reniflages. Je suis désolée d'avoir effrayé ces gens, je me suis parfois mangé des réflexions désobligeantes, mais tant pis, le jeu en valait la chandelle. L'équilibre caractériel et la sûreté de mon chien vis à vis des humains était à ce prix.

Vers les 6 ou 7 mois d'Oakley, j'ai remarqué une période plus critique. Je m'y attendais grâce à mes diverses lectures sur le comportement et le développement du chien. À cet âge (voire plus tôt pour les plus petites races), la période chiot et insouciance se termine, un jeune chien un peu sensible peut développer des méfiances voire des peurs dans certaines situations, auxquelles il faut prendre garde. Oakley a eu parfois des mouvements de recul ou de franche peur face à certaines personnes en promenade, sans que je ne puisse identifier une raison particulière (les gens étaient normaux quoi ...) À CHAQUE FOIS, j'ai demandé aux gens de bien vouloir rassurer mon jeune chien en l'appelant, le caressant, en lui distribuant une friandise que je leur passais. J'ai expliqué rapidement ma démarche à ces personnes, elles ont toutes adorablement joué le jeu (un grand merci à eux !!). Oakley comprenait alors rapidement que ces gens étaient sans danger et plutôt très sympas, que la maîtresse s'arrêtait même pour discuter avec eux. Je ne laissais jamais passer une telle occasion, car je ne voulais surtout pas qu'un doute puisse s'installer dans la tête du chien. En deux mois, cette période critique a été terminée, et Oakley n'a plus jamais montré le moindre signe d’inquiétude face à un inconnu.

Et voilà comment le fait de croiser des gens est devenu, au fil du temps, un non-événement complet pour Oakley. L'âge aidant, la curiosité envers les inconnus s'est estompée, il est allé de moins en moins à la rencontre directe des gens, préférant continuer à renifler les bas-côtés ou pisser sur les hautes herbes (une vie de chien quoi). Maintenant, il est capable d'ignorer parfaitement des ramasseurs de champignons dans les bois ou des promeneurs en ville, il est impressionnant d'ailleurs. Il peut passer au raz d'eux sans leur accorder la moindre attention, genre à 30 cm ! Il me fait un peu penser aux chiens blasés des sans-abris, ces chiens qui en ont vu d'autres et qui passent à côté de toi comme si tu n’existais pas ... Malgré tout, si quelqu'un l'appelle ou lui fait un petit signe, il va volontiers la saluer et se faire papouiller, l'a-priori positif toujours présent dans son esprit.

Aujourd'hui, je peux tout à fait rappeler Oakley lorsque je croise des gens en promenade, et le garder au pied. Je sais qu'il n'y a plus de risque que cela engendre des craintes ou des tensions dans son esprit. Il obéit sans difficulté, car les autres personnes ne représentent plus vraiment quelque chose d'exceptionnel à ses yeux. Malgré tout, je m'efforce de ne pas trop user de cette discipline. Je préfère conforter son excellent comportement, à savoir continuer de faire sa vie de chien tranquillement et que croiser des gens continue de n'être qu'un non-événement. C'est très agréable et rassurant pour moi. Tout cela en fait un chien sûr et "secure", même (et surtout) en liberté. Je sais que l'on peut croiser n'importe qui et n'importe où, mon chien ne représentera pas un danger pour autrui.


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