L'Amie Prodigieuse, tome 1 : Enfance, adolescence, de Elena Ferrante


Couverture

Je me méfie des best-sellers. En effet, je crois que je deviens exigeante en matière de lecture, et je ne prends plaisir à lire que lorsque le fond ET la forme sont au rendez-vous. À partir de ces deux conditions, je suis assez bonne cliente et me laisse guider aussi bien dans du post-apocalyptique que de la romance. Mais ces exigences ne semblent pas être les mêmes pour tous les lecteurs, loin de là. Je ne me fie plus aux éloges que les internautes ou la presse font d'une oeuvre, car je trouve qu'ils pardonnent, oublient ou pire, ne remarquent pas la médiocrité ou les graves défauts de certains bouquins.

Je cite Orelsan (oui, c'est un rappeur qui mérite d'être cité) :

"quand tout l'monde aime bien, c'est trop commercial" Discipline, Orelsan

C'est souvent vrai.
Mais pas là. L'Amie Prodigieuse est un best-seller, encensé par tous, et c'est mérité. J'ai complètement dévoré ce pavé, cela faisait des lustres qu'une telle frénésie de lecture ne m'avait pas prise. Je profitais du moindre instant de libre dans ma journée pour poursuivre l'histoire. Une délectation tant grâce au style qu'au sujet magistralement traité.

Véritable récit initiatique, il s'agit d'un roman aux allures autobiographiques (sans que l'on sache si c'est une fiction ou non d'ailleurs, l'auteur écrivant sous pseudonyme n'a pas communiqué à ce sujet) : récit à la première personne, ordre chronologique, très introspectif. Une description détaillée de la vie dans un quartier pauvre italien fin des années cinquante, au travers des yeux d'une femme qui nous conte dans le détail les souvenirs qu'elle a de son enfance et son adolescence là-bas. Mais surtout, il est question de la construction d'une personnalité. Grâce aux interactions avec ses parents, son amie prodigieuse, ses camarades de classe ou ses voisins de quartier, enfants ou adultes, on découvre le personnage principal prendre forme. Ses qualités et ses défauts se révèlent, ses goûts s'affirment, ses mécanismes de protection ou sa façon d'aimer se modèlent.

L'héroïne nous livre tous ses sentiments, toutes ses pensées, tous ses raisonnements. Aussi bien les nobles que les plus honteux. Et avec quelle justesse ! J'ai eu VRAIMENT l'impression d'être dans la tête de Léna. Je me suis si sentie proche d'elle, en empathie. Écrasée, émerveillée, stimulée par son amie Lila, hors du commun.

L'auteur déroule une écriture fine, simple, percutante, pas d'artifices littéraires, ça tient debout tout seul, un régal. Voilà un style d'écriture que j'aime particulièrement, que j'adorerais savoir imiter dans sa précision. C'est un livre que j'ai écouté en grande partie, il se prête très bien à l'audio. Mention spéciale pour la lectrice Marina Moncade : diction fluide, timbre agréable et tons des personnage bien choisis.

Il fait parti des bouquins qui, lorsqu'on les referme, nous manquent déjà. Je m'attelle tout de suite au deuxième tome.


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