Oakley et les chevreuils

Lorsqu'il était tout chiot, Oakley ne voyait même pas les chevreuils déguerpir au loin, concentré sur une odeur ou à regarder où il mettait les pattes. À 7 mois passés, autant dire que le petiot est beaucoup plus dégourdi (et voit au dessus des hautes herbes, ça aide).

Chevreuil
Photo par JMrocek

La première fois qu'un chevreuil a fui sous notre nez lors d'une balade à vélo, j'ai été surprise et j'ai observé la réaction d'Oakley : il est parti ventre à terre au cul de la bête, sans un regard en arrière. 50m, 100m, 150m, le chien ne ralentit pas ... Merde, il a déconnecté son cerveau. Je lance un "OAKLEY !" sonore et autoritaire, le chien se stoppe net dans sa course, se retourne pour me regarder, le chevreuil file. Je rappelle, Oakley revient à mes pieds. Je le félicite, je suis ébahie qu'il ait aussi bien répondu à presque 200m de moi en pleine course derrière un gibier.

En rentrant à la maison, je me penche sur le sujet : quel choix éducationnel faire quand à l'instinct de chasse en balade, sachant que mon chien est toujours en liberté ? Sur internet, je lis que certains essaient de mettre sous code le fait de partir en chasse et de stopper l'action. Après tout, il est possibe de coder des instincts aussi développés que celui de troupeau, alors pourquoi pas ? Et les chasseurs arrivent bien à gérer leurs chiens en liberté aussi, non ? Certes, mais mettre sous code de tels pulsions nécessite un vrai travail, régulier et sans faute. L'instinct de troupeau peut se bosser tous les jours si nécessaire, dans un environnement contrôlé par des barrières par exemple. Et je n'ai pas de chevreuil dispo sous la main à faire surgir au moment opportun pour bosser le truc. Mauvaise idée donc. Le plus simple à mettre en place, c'est l'interdiction pure et simple de s'élancer à la poursuite de n'importe quel gibier qui surgit. Je me rends compte que j'ai vraiment beaucoup trop tardé à rappeler la première fois (j'ai été prise de court) et que je dois interdire aussitôt que le chien fait mine de s'élancer. J'ai eu beaucoup de chance qu'il obéisse le premier coup, je dois mettre toutes les chances de mon côté pour ne pas le pousser à la désobéissance les prochaines fois.

Ma crainte : s'il refuse de répondre à l'interdiction, je n'ai pas de moyen de correction immédiat, il s'auto-récompensera tout seul à poursuivre sa proie et apprendra que désobéir, c'est vachement agréable quand même ! Je pourrais le punir plus tard, une fois qu'il aurait lâché la piste, en faisant le lien avec ma voix tout du long pour qu'il sache quelle connerie je punis à ce moment précis ; mais l'impact est vraiment amoindri à cause du temps passé entre la désobéissance et la punition, et par le plaisir pris à courir derrière la proie. J'ai pensé au collier éléctronique (décharge électrique à distance immédiate), Thierry peut me prêter le sien. Mais je préfère essayer sans, confortée par le bon choix qu'a fait Oakley le premier coup.

J'ai bien fait de faire confiance à mon chien ! Depuis cette première expérience et mes réflexions, nous sommes tombés sur une dizaine de chevreuils. J'ai à chaque fois stoppé à la voix d'un simple "NON !" sonore aux premiers signes de poursuite (je ne lui laisse pas le temps de s'auto-récompenser en commençant sa course), j'ai assis le chien à mes pieds, le laissant regarder les proies s'enfuir au loin. Il a été chaudement félicité à chaque fois, croquettes ou jeu de balle, et a eu à chaque fois l'autorisation (sur ordre de libération) de poursuivre la piste truffe au sol dès que les bêtes n'étaient plus en vue. En effet, le chien est beaucoup plus facile à contrôler et dans une attitude plus calme quand il piste que quand il poursuit ventre à terre, il a donc le droit de suivre des pistes olfactives du gibier (il le fait à longueur de balade de toute façon, ça n'aurait aucun sens de l'interdire à ce moment précis). Je prends soin de le faire aussitôt décharger la très forte tension qu'il accumule à m'obéir ainsi, en jouant ou en sprintant en vélo avec lui. Je pense que ça permet de passer rapidement à autre chose dans l'esprit du chien d'une part, et de rendre cette si difficile obéissance sous tension plus facile à supporter car on souffle un bon coup juste après.

Et ce matin même, nous avons levé deux nouveaux chevreuils. Je n'ai pas eu besoin de dire "non", Oakley s'est tendu, mais a préféré me suivre plutôt que de partir à leur poursuite, il les a laissé filer. Je suis tellement fière de mon chien, capable de maîtriser des instincts si puissants pour rester en bons termes avec sa maîtresse ! Affaire à suivre en grandissant ...


- chien -

Commentaires


chris's gravatar
chris - 15/09/2018 - 12:17

Moi mon chien il faut que je le garde en laisse. Sinon, il va courrir courrir tellement loin. C'est un chien de chasse. Il n'obéit pas bien.

Poster un commentaire