La notion de devoir

En éducation tout positif, il est impensable d'utiliser la contrainte pour faire obéir un chien. Tout comportement doit être obtenu par renforcement positif (friandise, jeu, caresse ...) et les comportements indésirables ne sont pas explicitement interdits (il sont soient redirigés, soit ignorés jusqu'à extinction). Cette position extrême me semble impossible à appliquer 100% du temps et même dangereuse à tenir. Bien sûr, je suis complètement convaincue de la force du renforcement positif pour inculquer des comportements souhaitables. Un "Assis !" sera toujours tellement plus joli et jovial avec une récompense qu'avec un à-coup dans la laisse ! Je pense aussi que beaucoup d'interdits ne nécessitent aucunement une punition et rediriger vers un autre comportement suffit largement. Néanmoins, je pense qu'une fois que le chien a (parfaitement) compris ce qu'on attendait de lui, il faut aussi inculquer la notion de devoir. Le chien doit savoir aussi qu'il n'a parfois tout simplement pas le choix. J'encourage à lire deux articles de Philippe Roustant qui parlent de cette notion. Je ne sais pas si je suis à la hauteur de ses écrits, mais je m'inspire énormément de ce grand monsieur.

Pour ma part, je vais prendre deux exemples que je vais expliquer le plus simplement possible.

Le rappel

Oakley a parfaitement compris que quand je l'appelle, j'attends de lui qu'il vienne en courant à moi. J'appelle très peu et il lui arrive toujours un truc d'agréable lorsqu'il obéit (friandise, aller voir les poules, rentrer dans la maison avec nous, partir en promenade, jouer, gamelle ...). Il rapplique ventre à terre parce qu'il n'y a la plupart du temps aucune autre distraction ou force contraire qui le pousserait à désobéir. Mais que faire si je dois le rappeler et qu'il renifle une piste hyper intéressante ? Ou qu'il joue avec un autre chien ? Ou encore qu'il a eu très peur de quelque chose et fuit dangereusement vers une route ? À ce moment là, c'est possible, voire probable, que tout renforcement positif de ma part sera moins intéressant pour le chien, qui tardera à répondre, ou ne répondra pas du tout à ma demande. Et à force, le chien apprend qu'il peut répondre quand ça lui chante. Voilà le biais du tout positif. Il est temps d'inculquer au chien la notion de devoir.

Oakley doit comprendre que répondre au rappel est impératif, c'est inéluctable. Il se rend compte qu'il m'agace quand il ne revient pas et à tendance alors à s'éloigner encore plus de moi la queue basse, très inquiet de mon humeur, me donnant tout un tas de signaux d'apaisement. Je continue de le suivre, active et menaçante (j'applique une pression désagréable), jusqu'à ce qu'il trouve de lui-même la bonne réponse. Si je finis par le rattraper, une grosse remontrance, je le ramène moi-même à l'endroit duquel je l'ai appelé, et je recommence l'exercice. Mais il finit bien souvent par trouver de lui-même que revenir très vite à mes pieds est le seul moyen de me faire cesser cette pression (renforcement négatif, trouver du confort à faire cesser un stimulus inconfortable par un comportement donné). Je change instantanément d'humeur et redeviens joyeuse, je lui fais la fête et on joue (renforcement positif en plus du renforcement négatif, un principe appelé NePoPo). J'oublie immédiatement la désobéissance et passe à autre chose, le chien vit dans l'instant présent et ne comprendrait pas que je reste encore fâchée, même quelques secondes.

L'accès au chai

Le chai est un endroit que je considère dangereux pour le chien, c'est pourquoi je ne veux pas qu'Oakley y rentre. Il y fait très sombre et il y traîne pas mal d'objets coupants/rouillés/dangereux. S'il tombe dans une des cuves de vidange, il ne pourra pas en sortir seul et risque de se noyer si nous ne l'entendons pas. Bref ! Pas une patte de chien n'est autorisée à cet endroit ! Le comportement d'y entrer est donc un comportement non souhaitable. Comment faire ?

Il est impensable d'ignorer le comportement jusqu'à ce qu'il s'éteigne. Si nous sommes à l'intérieur, il souhaitera toujours rentrer et être auprès de nous ! On peut penser à rediriger son comportement, en lui proposant une autre activité, comme ronger une oreille de cochon par exemple. En espérant que ronger sa friandise seul lui soit plus agréable que venir nous accompagner (ce qui n'est déjà pas gagné !), que se passe-t-il lorsque l'oreille est finie ? Bref. On s'en sort pas. Il y a certains interdits qui doivent être absolus, point barre. On ne rentre pas dans le chai, sinon c'est punition (qui doit être immédiate, brève et proportionnée). Un "Non !" et une sortie illico par la peau du coup est parfaitement comprise par mon chien !


Voilà comment je procède pour l'instant, en espérant ne pas me tromper de voie. Car si utiliser un peu trop de friandises ou pas tout à fait au bon moment n'a jamais dégradé la relation d'un maître avec son chien (au pire, le chien prend de mauvaise habitudes mais vous aime toujours autant), utiliser la punition ou l'inconfort à mauvais escient peu faire des dégâts difficiles à réparer dans la confiance du chien envers son maître. La coercition est un outil dangereux, ce dont peu de gens ont conscience. À ce sujet, je ne peux que recommander une lecture hardue et anglophone, mais absolument passionnante : Coercion and Its Fallout, by Murray Sidman


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