Parage des chevaux - Le mieux est l'ennemi du bien

Il y a un eu plus d'un an, mon maréchal ferrant me formait en podologie et parage pour que je sois enfin capable de parer mes chevaux toute seule. Jusqu'alors, il intervenait en moyenne toutes les 6 semaines pour entretenir les 8 pieds de mon troupeau de 2. Suite à cette journée riche en explications théoriques et démonstrations pratiques, complétée de mes nombreuses lectures, je me sentais armée pour garder seule les pieds de mes chevaux en état. Parage tous les mois voire un petit coup de râpe tous les 15 jours, j'ai sû garder les sabots des 2 loulous dans une forme digne d'une gravure anatomique. Mais force était de constater qu'ils n'étaient pas bien dans leurs pieds. marechal ferrant dessin Nestor a des pieds "faciles", donc j'arrivais à peu près à m'en dépatouiller sans qu'il ne me montre trop de gêne. Une autre histoire pour Rocky ... De tous petits pieds qui refusaient de s'élargir, talons très hauts qui poussaient beaucoup trop vite par rapport aux pinces, fourchettes atrophiées, décollements de ligne blanche de plus en plus importants, bref : loin de l'idéal, je m'éfforçais de travailler tout ça pour le faire rapprocher du standard. Je tâtonnais beaucoup, tentais de mettre en pratique toutes les connaissances que j'avais et les résultats n'étaient pas concluants : un cheval aux pieds hypersensibles, mal à l'aise sur les cailloux, impossible de le sortir sur la route attelé puisqu'il cherchait à tout prix l'herbe sous ses pieds. Jusqu'au jour où j'ai trop taillé et où il a carrément boîté des 2 antérieurs pendant 15 jours après mon parage. Là, j'ai dit stop.

Je me suis renseignée sur le net, lu des témoignages et des avis, sur ce sujet si épineux qu'est la gestion des pieds nus du cheval. De nombreux fils sur les forums s'enveniment tant les idées se confrontent, les idées reçues puissantes, les traditions ancrées. J'en suis petit à petit venue à toucher de moins en moins aux pieds de mes chevaux. D'abord par peur de refaire mal à mon petiot (je m'en suis énormément voulue de le faire souffrir), puis par curiosité. Je m'explique.

Je suis partie du constat suivant : mes chevaux n'ont pas de pathologie ou de déformation grave au niveau des membres ou des pieds nécessitant absolument une intervention régulière en maréchalerie. Ils feraient donc partie des chevaux capables de survivre s'ils étaient livrés à eux-même dans la nature (de mauvais pieds ou des déformations empêchant une bonne locomotion étant souvent fatals pour un cheval sauvage). Bien. Ils vivent au pré (1ha l'hiver, 1,5ha à 2ha l'été) sur un terrain souple (pas de cailloux), le sol de leur abri est en ciment lisse. Ils sont donc assez actifs et se déplacent constamment toute l'année, leurs pieds travaillent et sont correctement vascularisés par le mouvement. Ils sont nourris au foin à volonté de qualité nutritive correcte, complémentés en oligo-éléments et minéraux toute l'année, accès à l'herbe contrôlé en période de "danger de fourbure" (printemps, début automne). La qualité de leur corne est excellente et se maintient toute l'année ainsi (pas de carence, de bourrelets de croissance).

anatomie sabot

Bref : toutes les conditions sont réunies pour que mes loustics soient vraiment bien dans leurs sabots sans que j'ai à y mettre le nez (ou très peu). Je prends donc le parti de ne plus toucher à leur pieds que pour couper les éclats qui se forment quand la corne trop longue casse d'elle-même et pour raccourcir très légèrement les évasements, celà étant dû au fait que je ne dispose pas au pré d'un sol assez abrasif pour que l'usure naturelle soit assez importante. Ça fait 6 mois que je n'ai pas touché aux pieds de Nestor, et 2 mois ceux de Rocky. Leurs pieds s'allongent un peu, mais gardent une forme à peu près correcte. Ils sont parfaitement à l'aise sur tous les types de sol, gravillons, cailloux, goudron y compris. J'ai même l'impression que les décollements de ligne blanche (la liaison entre la paroi et la sole) de Rocky se résorbent d'eux-même. C'est assez surprenant et je n'arrive pas trop à l'expliquer.

L'important pour moi, c'est que mes chevaux se sentent bien, ne souffrent pas. Accessoirement, je suis ravie de pouvoir sortir mes chevaux sur tous les terrains (c'est pas du tout pratique d'atteler au sulky et d'avoir une roue dans les fossés parce que le cheval ne peut supporter que l'herbe du bas-côté sous ses sabots sensibles), et sur plusieurs kilomètres car ils ont assez d'épaisseur de corne pour supporter l'usure importante que provoque le bitume. Je poursuis l'expérience tout l'été et j'observe mes chevaux évoluer. Affaire à suivre ...


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