Des Fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes

Couverture

Je dis de certains livres : "sitôt lu, sitôt oublié", et le dernier en date en est un bon exemple. Celui-ci n'en fait assurément pas partie. Presque un mois après l'avoir achevé, j'ai toujours des passages entiers clairement en mémoire. Je ne me souviens plus de comment ce livre m'est tombé entre les mains, certainement au hasard de mes pérégrinations sur la toile. Je ne sais d'ailleurs pas trop dans quel genre le classer. Surement science-fiction ?

Ce roman m'a d'abord un peu décontenancée puisqu'il est abordé sous l'angle de vue de Charlie, à qui on a demandé de raconter son expérience par des compte-rendu réguliers, avec ses propres mots. Les 10 premières pages sont bourrées de fautes d'orthographe … et puis, petit à petit, on voit son écriture s'améliorer, ses pensées s'approfondir.

C'est l'histoire de Charlie, jeune homme déficient mental, qui subit une opération chirurgicale lui permettant progressivement de devenir un génie. On suivra son évolution sur plusieurs mois au travers de ses écrits. Je me suis surprise à me prendre réellement d'amitié pour ce personnage, d'abord par son innocence, sa joie de vivre et sa naïveté, puis plus tard, au rythme de l'élévation de son QI, à cause de ses questionnements sur l'amour, les relations humaines, l'importance du savoir.

Quand il prend conscience qu'il devient plus intelligent, de nouveaux sentiments, des émotions nouvelles apparaissent : la première est la honte qu'il ressent, la honte envers l'ancien Charlie, toujours tapi en lui, que l'on a toujours pris pour un imbécile, dont on s'est moqué sans arrêt, sans qu'il ne s'en rende compte. Ce déchirement est pourtant accompagné du plaisir d'apprendre, de maîtriser de plus en plus de concepts, de nouvelles langues, de nouveaux savoirs.

Charlie est déjà trentenaire lorsqu'il acquiert ces capacités intellectuelles hors normes. Si sa compréhension, sa concentration et sa mémoire se sont accrues grâce à l'opération, ses émotions sont toujours celles d'un enfant. On découvre petit à petit le passé de Charlie, le lecteur comprend que l'ancien Charlie avait plus ou moins été bloqué dans sa puberté, puisqu'il n'avait pas été capable de comprendre ce qui lui arrivait et de le maîtriser. L'auteur nous interpelle sur le fossé entre intelligence cognitive et émotionnelle. Se débatant entre ses questionnements rationnels et ses pulsions émotionnelles, Charlie a l'intuition que l'intelligence n'est rien s'il n'y a pas le reste : l'amour, la chaleur humaine, la compassion.

Comme le dit un des médecins :

“Plus tu deviendras intelligent, plus tu auras de problèmes, Charlie.”

N'était-il pas finalement plus heureux avant ? L'intelligence ne mène pas au bonheur, est-ce là une des morales du roman ? Je n'en suis pas sûre car comprendre le monde apporte aussi à Charlie le bonheur. Vaut-il mieux vivre "imbécile heureux" ? Peut-être ... Des Fleurs pour Algernon est un livre qui se ressent, qui se vit. Plus qu'un roman de science fiction, c'est un roman psychologique, qui peut toucher tout le monde.


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