Sénéçon de Jacob - La chasse est ouverte

Nous avons tous connaissance de certaines plantes courantes toxiques pour les chevaux : certains Lauriers, l'If, le Bouton d'Or ... La majorité du temps, les chevaux les évitent, ou bien la plante est peu répandue, ou au pire elle cause des troubles de santé qui peuvent se soigner. Ici, je vais vous présenter une plante traître et dangereuse de par l'irreversibilité de son action toxique et de par sa consommation possible dans le foin. J'ai été sensibilisée à ce propblème cet hiver, je n'en avais auparavant jamais entendu parler dans le milieu professionnel.

Comment reconnaître la plante ?

Photo

Le séneçon de Jacob ou séneçon jacobée (Jacobaea vulgaris) est une espèce de plantes herbacées, vivaces ou bisannuelles, de la famille des Asteraceae ; autrefois simplement appelée « jacobée » ou « herbe de saint Jacques », c'est une plante qui peut contenir plus d'une dizaine d'alcaloïdes pyrrolizidiniques, dont la consommation répétée peut être très toxique pour le foie d'animaux comme les chevaux ou les bovins. Malgré cela c'est la nourriture presque exclusive des chenilles de papillons de nuit remarquables comme la Goutte de sang.
-- Wikipedia

Il s'agit d'une plante facilement reconnaissable (heureusment pour nous) : une tige droite mesurant de 50 à 120 cm, tout au long de laquelle sont attachées des feuilles aux bords crenelés, le tout surmonté d'un bouquet de fleurs jaunes bouton d'or, en forme de marguerite. Elle fleurit généralement de Juillet à Septembre. Le Seneçon est une plante très invasive, très résistante à la sècheresse et au froid, elle envahit progressivement les prés et champs mals entretenus ...

Planche

Toxique pour les équins

Je vais citer l'excellent article de Audrey ROHN, vétérianire équin à domicile, qui l'a initialement publié sur son site professionnel à cette adresse : vetequine-audreyrohn.fr - Intoxication au Sénéçon de Jacob

L'intoxication se fait suite à l'ingestion du Seneçon dans le pré (toutes les parties de la plante sont toxiques), ou alors séchée dans le foin (la plante est plus appétente séchée). Les chevaux la consomment volontiers, surtout lorsqu'elle est en fleurs, en plein été. La toxicité du Seneçon est due à la présence d'alcaloïdes pyrrolizidiniques qui sont hépatotoxiques. La toxicité est dose dépendante, c'est-à-dire qu'elle se manifeste suite à l'ingestion cumulée d'une certaine quantité de Seneçon, suite une période variable. La dose mortelle correspondrait à environ 3% à 5% du poids du cheval (soit 15 à 25 Kg pour un cheval de 500 Kg). L'intoxication est donc possible avec l'ingestion de 50 à 300g/j pendant 7 à 8 semaines, ou alors d'une quantité moindre sur une période plus longue .

Le plus souvent, l'intoxication est chronique : les signes cliniques n'apparaissent que plusieurs mois après l'ingestion, et parfois même quand le cheval n'est plus en contact avec la plante. Les signes cliniques possibles sont ceux d'une insuffisance hépatique :

  • amaigrissement chronique, léthargie et baisse d'appetit ou anorexie
  • coliques récidivantes et ictère (muqueuses jaunes), ataxie
  • photosensibilisation en été
  • signes d'encéphalose hépatiques au stade terminal, et mort

Le pronostic dépend de la quantité de Seneçon ingérée par rapport au poids du cheval et à la sensibilité de celui ci, mais il est toujours très réservé (environ 60% de mortalité). Les chevaux qui survivent suite à une intoxication au Séneçon ont en fait généralement présenté des signes cliniques modérés, et si leur pronostic vital est préservé, leur pronostic sportif est souvent mauvais (intolérance à l'effort...)

Il n’y a pas de traitement réellement efficace, les lésions hépatiques sont irréversibles. Leur gravité dépend de la quantité ingérée. Seul un traitement symptomatique peut être mis en place : modification de l'alimentation (riche en glucides et pauvre en protéines), fractionnement des repas, drainant hépatique, perfusions... Le seul traitement efficace est la prévention : bilans sanguins biochimiques de tous les chevaux ayant pu être en contact avec la plante, et surtout l'arrachage systématique de tous les plants quel que soit le stade de végétation.

-- Audrey ROHN

Reportage vidéo France 3 - Le séneçon de Jacob, une plante dangereuse pour les chevaux
Témoignage - Ain : le séneçon de Jacob, une petite fleur tueuse de chevaux

Article Metronews

Article vétérinaire

Revue vétérinaire - L’intoxication des chevaux par les séneçons, une réalité en France (pdf)

Repérage et éradication dans mes prés

Non, je ne suis pas épargnée ... Fort heureusement, je n'ai repéré que quelques plants éparses (maximum une dizaine de pieds) sur la totalité de la proprété, plants que j'ai noyés de désherbant (ce n'est pas très bio mais tant pis, le risque est trop important). Je vais d'ailleurs surveiller ces pieds pour vérifier que la plante disparaît définitivement. La technique de l'arrachage est aussi préconisée, mais il faut à tout prix éviter de disséminer les graines si la plante en est à ce stade.

Je me questionne à propos des éventuels pieds qui peuvent avoir été grignotés par les chevaux dans leur couloir surpâturé, faute de trouver mieux à se mettre sous la dent. Il semblerait que la plupart des chevaux n'y touche pas sur pied en temps normal, mais quid s'il n'ont pas grand chose d'autre à grignoter ? On dit qu'éviter le surpâturage réduit la prolifération de la plante, mais encore faut-il qu'elle ait le temps de monter en graine pour les disséminer, non ? Or, je broie les refus des chevaux très régulièrement, je ne laisse pas le temps à l'herbe de dépasser le stade de l'épiaison. J'espère ainsi limiter la prolifération des plantes toxiques ou délaissées par les chevaux.

Surveillance du foin

C'est certainement là que le Sénéçon de Jacob se fait le plus traître : lorsqu'il est séché, il devient appétant pour les chevaux, qui le consomment volontiers dans leur ration de foin. J'ai la chance de connaître les parcelles que l'agriculteur qui me fournit en foin me réserve. J'ai donc pu aller y jeter un oeil, la fauche tout juste faite. Je n'ai trouvé qu'un seul plant de Sénéçon (que j'ai bien sûr enlevé) après avoir parcouru la parcelle dans tous les sens. Je suis plutôt rassurée ...

Un propriétaire averti en vaut deux

Certes, avoir connaissance des risques (alimentaires ou autres) qu'encourent nos bêtes est essentiel. J'en apprends tous les jours, j'emmagasine un maximum d'informations pour ne rien laisser au hasard. Je peux ainsi mettre en place des actions pour prévenir ou juguler au maximum ces risques et j'en dors mieux la nuit, rassurée sur le bien-être de mes chevaux et satisfaite de prendre correctement soin d'eux.

Cependant, le risque est de tomber dans la parano. J'ai vu certains propriétaires paniquer et perdre un peu le sens commun dès qu'ils prenaient conscience d'un nouveau risque pesant sur la santé de leur cheval. Malheureusement, ce sont des animaux mortels, pas des licornes, et nous vivons dans le monde réel, pas celui des Bisounours. Nous sommes entièrement responsables de leurs conditions de vie. C'est à la fois pesant et stimulant. Mais il faut prendre conscience qu'on ne peut pas les envelopper dans du coton et les cloîtrer bien à l'abri de tout danger. Il faut vivre avec les risques, en les gérant au mieux.

Alors, à tous les propriétaires consciencieux : faites passer le message autour de vous, sensibilisez sans paniquer les propriétaires, gérants de pension, agriculteurs, fournisseurs de foin que vous rencontrerez. Faites le tour de vos prairies régulièrement, ouvrez l'oeil et entretenez les correctement. Soyez exigeants sur la qualité de votre foin. En étant informés et vigilants, je pense que la menace que représente le Sénéçon pour nos chevaux peut être limitée !


- chevaux -

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