La relation homme-cheval (et ce que j'en pense)

Tous les cavaliers cherchent à connaître l'harmonie, l'osmose avec leur monture et je ne fais pas exception. Cette relation parfaite si fantasmée, on la recherche désespérément. On s'émerveille devant les spectacles des frères Pignon et de leur chevaux en liberté, en pensant que ces gens là sont différents, qu'ils ont un don, et surtout qu'on atteindra jamais ce niveau de communion avec notre Ponpon sans leurs recettes magiques. Lorsqu'on se rend compte qu'on bataille avec la mauvaise volonté de Ponpon à simplement nous donner son pied, c'en est frustrant et décourageant.

Et pourtant ...

Laissons de côté les paillettes et les rêves de télépathies avec notre compagnon à sabot pour nous plonger dans la science, la vraie : l'éthologie. Il s'agit de la science qui étudie le comportement des animaux. Par extension, l'éthologie équine s'occupe plus particulièrement des chevaux. Cette discipline prend son essor grâce à l'intérêt grandissant du monde équestre pour mieux comprendre le cheval et ses besoins. Je commence à peine, au bout de 10 ans à m'intéresser de près à ce sujet, à pouvoir lire, comprendre et surtout intégrer le contenu de certaines thèses et publications scientifiques (et c'est passionnant !). Je vais donc profiter de mes connaissances et de mes nombreuses lectures pour proposer ma vision de la relation entre l'Homme et le Cheval de façon claire et concise.

Hinde (1979) définit comme « relation » le lien qui émerge d’une série d’interactions : les partenaires ont, sur la base de leurs expériences passées, des attentes à propos des réponses de l’autre individu.

Que doit-on comprendre de cette définition ?

C'est tout simple : lorsque l'on est avec son cheval, TOUT ce que l'on fait construit la relation et influence les interactions futures. Selon les scientifiques, l'homme peut être considéré par le cheval comme un stimulus positif, négatif ou neutre. En toute logique, pour construire une relation agréable, il faut faire en sorte que la balance positif / négatif de nos interactions avec le cheval penche du côté positif. Ainsi, on s'assure de la confiance (en opposition à la méfiance) de notre partenaire vis à vis de nos futures interactions. On pourrait dire qu'il part avec une sorte d'a priori positif. En grossissant le trait, on comprend facilement que si l'on va chercher son cheval au pré uniquement pour le faire durement travailler, il finira bien vite par ne plus se laisser attraper, la balance penchant vers le négatif du point de vue du cheval. En revanche, allez chercher ce cheval au pré uniquement pour l'emmener manger sa ration et il accourera bientôt vers vous dès qu'il vous apercevra, la balance penchant nettement du côté positif ! Or, nous cherchons tous à tendre vers le second comportement plutôt que vers le premier.

C'est d'une logique implacable et pourtant, combien de messages sur les forums avec pour intitulé "mon cheval ne se laisse plus attraper, que faire ?". La relation doit avoir été très altérée pour en arriver là. La réponse est simple : revoir toute la relation ! :)

Nous avons compris qu'il faut, pour juger de la valeur d'une interaction, se placer du point de vue du cheval. Et cela peut nécessiter un peu de remise en question de la part des cavaliers / propriétaires. Prenons l'exemple de la caresse. Les études ont démontré que la carresse était finalement peu appréciée du cheval, la rendant de base peu agréable (cependant, un apprentissage spécifique peut faire comprendre au cheval la valeur de "récompense" de la caresse qui revêt alors un caractère positif, mais cette compréhension n'est pas innée !).
Nous comprenons aisément que la vermifugation ou le passage du maréchal ferrant ne soient pas des moments agréables. En revanche, une ration de grains est considérée comme un stimulus fort agréable. Mais il peut être nécessaire de nuancer ces assertions : proposez une ration de grains en séparant votre jeune cheval de son troupeau, et l'expérience portera certainement globalement un caractère aversif.

On comprend que tous les éléments auxquels on expose le cheval, qu'ils soient de notre fait (introduire le mors froid dans la bouche, donner une carrotte savoureuse ...) ou non (aboiements effrayants d'un chien lors d'une promenade, blessure douloureuse lors de la reception d'un saut ...), se combinent en expériences passées dans la balance, et la feront pencher d'un côté ou de l'autre, agissant ainsi sur la prédisposition de notre cheval à nous répondre positivement, ou négativement, lors de nos prochains rapports.

L'équation ne doit pas être pour autant réduite à cette simplification extrême. Gardons à l'esprit que l'environnement (seul ou avec des congénères, bruits, dangers), les conditions de vie (box, pré, type de nourriture), l'éducation (par ses congénères et par les humains), les expériences passées avec d'autres humains (maltraitances, souvenirs marquants), la génétique et la personalité (curiosité, sensibilité) sont des éléments qui influenceront les réponses de notre compagnon et la qualité de notre relation.

C'est sur cette prédisposition confiante ou méfiante que je jugerais de la qualité d'une relation homme-cheval. Et nul besoin de faire réaliser des airs de Haute-Ecole à Ponpon ou de s'appeller Pignon pour travailler à l'harmonie avec son cheval lorsque l'on a intégré ces principes simples. C'est stimulant, non ?

Quelques ressources documentaires

Je vous propose quelques publications scientifiques qui m'ont inspirée :


- chevaux, humeur -

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